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Mobilisation générale pour sauver le soldat « classes uniques »

Les classes uniques sont en première ligne sous le couperet du « redéploiement » de la carte scolaire. Apparemment cela ne concerne qu’une microscopique poignée d’Astérix, pourquoi en faire un cheval de bataille national ?

Les classes uniques ont toujours constitué un problème. Problème pour les enseignants qui se voient mal dispatcher simultanément une manne scolaire, dûment découpée, à 5 ou 6 niveaux différents (ils ont bien raison, c’est impossible !). Problème pour les parents qui croient innocemment au bien-fondé de ce qu’on leur ressasse. Problème pour l’administration pour qui elles sont, pédagogiquement, incontrôlables ! Elles sont indigérables pour l’école industrielle.

Leur vrai problème, c’est que ça marche ! Un véritable mystère !

Lorsque les travaux imprudemment diligentés par le ministère ont démontré que leurs résultats étaient même supérieurs à la moyenne nationale (Oeuvrard, 1990), la surprise était d’autant plus grande que ces conclusions étaient établies sur l’ensemble des CU, c’est à dire des classes dont une grande partie étaient occupées par des débutants, certaines avec un turnover démentiel.

Bien sûr, dans un bon nombre aussi, se sont développées des pédagogies pour le moins surprenantes et peu conformes aux idées admises d’un taylorisme scolaire de bon ton, et ce quasi clandestinement, tout au moins sans tapage.

Pour couronner le tout, voilà que, dans ces microstructures, ce sont les parents et les élus qui se battent becs et ongles pour conserver ce dont normalement ils devraient se débarrasser. Seraient-ils plus stupides et portant moins d’intérêt que les autres à la réussite de leurs enfants ? Une tache dans le marasme généralisé et bentolinien à propos de l’école.

Il y a belle lurette que ceci aurait dû intriguer nos ministres, nos pédagogues patentés, l’administration, les associations de parents, les syndicats d’enseignants, les citoyens. Mais non, ignorance totale et le prétexte de la carte scolaire pour ne surtout plus avoir à s’interroger.

Que dirait-on, dans notre très ultralibérale société où l’entreprise est reine, d’une entreprise en difficulté qui se débarrasserait de son seul secteur qui marche sans même chercher à savoir pourquoi il marche ? et pour une économie de bout de chandelle qui lui coûtera bien plus cher en recherches de productivité jamais trouvée.

Bien sûr, on se doute que découvrir les raisons de l’efficience des classes uniques pourrait être très dérangeant pour le système, les croyances sur lesquelles il s’est bâti, ce qu’on projette d’y injecter, la stabilité de l’opinion sur laquelle on s’appuie.

Lorsque les dernières classes uniques auront disparu, c’est à dire dès cette année, au plus tard l’an prochain, il n’y aura plus aucun îlot prouvant qu’une alternative est possible. Plus aucun îlot ordinaire (des enfants ordinaires, des enseignants ordinaires, des parents ordinaires, des élus ordinaires) sur lesquels s’appuyer, plus aucun îlot vieux de décennies à au moins observer. On perd un laboratoire qui ne coûte rien, qui n’a même pas à être expérimenté.

Il ne s’agit pas de sauver quelques privilégiés de l’école au détriment de la masse. Il s’agit de préserver une fenêtre ouverte, une possibilité peut-être à étudier, avant que la chape de plomb de l’industrialisation scolaire n’étouffe tout.

C’est le même combat que celui du développement durable, de l’écologie, de toutes les alternatives. Les dernières fermes biologiques scolaires auront disparu d’ici un an, contrairement à leurs homologues de l’agriculture. Mais elles n’ont été défendues par personne, et pourtant l’école n’a plus que des consommateurs.

Nous appelons donc à une mobilisation générale pour empêcher leur éradication qu’elles qu’en soient les raisons invoquées.

Que l’on soit parents de classe unique ou non, futurs parents, anciens parents, enseignants, pédagogues, paysans, ouvriers, intellectuels, de gauche, de droite ou d’ailleurs, élus, simples citoyens, que l’on ait d’autres convictions éducatives, que l’on n’ait jamais mis les pieds dans une classe unique, peu importe : les préserver c’est conserver une dernière graine dont on ne sait pas si demain on n’en aura pas un besoin urgent pour sauver les meubles scolaires. On le fait bien à plus grand frais dans les silos du Groenland pour les espèces végétales.

Signez, faites signer, diffusez, publiez de toute urgence la pétition suivante : http://marelle.org/petitions (pour un observatoire des classes uniques)

 

Bernard COLLOT, ancien instit de classe unique, Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication

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